En 165 ans, du Baron Haussmann au Grand Paris, deux ères de « travaux du siècle », au service de la transformation de Paris puis de son agglomération, se sont succédées.

Le grand projet haussmannien était orienté sur transformation de Paris, tandis que le Grand Paris, lui met les transports franciliens au cœur de sa stratégie. Haussmann, fut l’un des personnages les plus décriés sous le Second Empire. En le faisant traverser les époques, il aurait sans doute été vivement critiqué par des tweets incendiaires s’il avait lancé un vaste chantier au XXIe siècle. Actuellement, le projet Grand Paris est sous les feux de la rampe, et enchaine les Unes. Le projet du Grand Paris est-il plus ambitieux que le projet du Baron Haussmann ?

 

  • Haussmann, l’Attila du Paris du XIXe siècle

Nous ne présentons plus Georges-Eugène Haussmann, le Préfet de Paris de 1853 à 1870, sous le Second Empire de Napoléon III. En 17 ans, il a radicalement transformé le Paris médiéval en un Paris moderne et il a doublé sa surface urbaine en ajoutant 8 arrondissement.

Le projet haussmannien a retourné la ville façon brutale. Haussmann le disait lui-même dans ses Mémoires, « ce fut une grande satisfaction pour moi que de raser tout cela pour mes débuts à Paris ». Assumant totalement son rôle d’« Attila démolisseur » auprès de la population parisienne qui le réprouve haut et fort, il transforme la capitale en un champ de bataille. Il fait creuser sous terre, bâtir en hauteur, éventrer les rues, abattre des maisons pour redécouper les îlots et ce, pour remodeler totalement le paysage parisien. Pour Paris, c’était le prix à payer pour qu’elle devienne une métropole du XIXe siècle.

Ses aménagements les plus connus sont les percées haussmanniennes, les rues concentriques autour d’une place dégagée, les bâtiments publics massifs et les parcs. Au XIXe siècle, ils ont plusieurs objectifs : valoriser les monuments historiques dans l’espace urbain, agir contre l’insalubrité, apporter de la lumière dans les rues, faire des rues fonctionnelles pour la circulation et lutter contre les insurrections.

Cependant, les actions du Baron Haussmann ne se sont pas arrêtées aux boulevards et aux immeubles haussmanniens. Il a également modernisé les réseaux d’eaux et d’égouts de la ville de Paris. Cela a permis d’approvisionner en eau courante les immeubles de la rive gauche et de la rive droite, d’arroser les jardins et les toilettes publiques avec de l’eau non-potable, ainsi que de raccorder tous les immeubles parisiens à des égouts.

 

Il nous laisse pour héritage la morphologie de Paris que nous connaissons aujourd’hui, une « Paris embellie, Paris agrandie, Paris assainie » (Mémoires).

  • Le Grand Paris, la nouvelle révolution urbaine du XXIe siècle

Deux siècles plus tard, Paris, sa métropole et ses habitants sont de nouveau au cœur d’un second chantier pharaonique qui va transformer l’espace urbain. La loi relative au Grand Paris du 3 juin 2010 annonce que : « le Grand Paris est un projet urbain, social et économique d’intérêt national qui unit les grands territoires stratégiques de la région Ile-de-France, au premier rang desquels Paris et le cœur de l’agglomération parisienne ».

Le Grand Paris Express est, une fois de plus, un projet unique en Europe et dans le monde. D’ici 2030, il va venir doubler le réseau ferré existant, en ajoutant 200 kilomètres de lignes nouvelles et 68 gares, et en desservant 153 communes reparties sur 8 départements.

Néanmoins le Grand Paris est beaucoup plus ambitieux qu’une simple création de transport supplémentaire.  Peut-il avoir davantage d’impact que la transformation de Paris au XIXe siècle ? Le projet du XXIe siècle vise, non seulement, à renforcer l’influence de la capitale à l’échelle internationale, mais aussi à « réinventer » une identité propre à la métropole.

Et, revoilà les Franciliens dans la même situation que celle que les Parisiens ont connue, il y a quelques siècles sous Haussmann !

Le développement économique francilien a créé des besoins nouveaux chez les habitants et les entreprises. Pour répondre cette demande de façon durable et pour renforcer l’égalité des territoires, le Grand Paris a pour but la rénovation urbaine des habitats, l’aménagement de nouveaux quartiers autour des futures gares et la construction de nouveaux logements, ainsi que la création et/ou le renforcement de clusters qui doivent devenir des références dans leur domaine d’activité, Ces pôles de compétitivité thématiques rassemblent des établissements de formations, des centres de recherches, des entreprises et des lieux de loisirs. Ils sont au nombre de 7, répartis dans toute l’Île-de-France : l’Aéronautique au Bourget, la Création à Saint-Denis Plaine Commune, les Echanges Internationaux et l’Evènementiel à Roissy-Charles de Gaulle, la Finance à la Défense, l’Innovation et la Recherche sur le plateau de Saclay, la Santé de Villejuif à Evry, et la Ville Durable à la cité Descartes.

Ils bénéficieront tous de la présence d’une ou de plusieurs gares du Grand Paris Express pour affirmer leur attractivité. Le Grand Paris a été conçu à une échelle bien plus vaste que le Paris d’Haussmann.

 

  • Des projets urbains avec des conditions de réalisation sur-mesure

Certes, le Baron Haussmann fut l’homme du Second Empire, tandis que Grand Paris a lieu sous l’ère de la Ve République. Cependant, malgré des contextes politiques très différents, ces « révolutions urbaines » peuvent être mises en parallèle car elles se déroulent grâce à conditions de mise en œuvre et de réalisation « extra-ordinaires ».

Remontons le temps pour revenir à la seconde moitié du XIXe siècle. Sous le Second Empire, Napoléon III nomme explicitement George-Eugène Haussmann pour mettre en œuvre sa politique de grands travaux. L’Empereur crée, à cet effet, une Commission des Grands Travaux afin que les décisions soient prises via cette commission paramunicipale où Haussmann a tout pouvoir décisionnaire. Cela lui permet de passer au-dessus d’interminables discussions avec le Conseil Municipal de Paris qui freineraient l’avancée des travaux.

Aujourd’hui, la Société du Grand Paris a également un statut particulier. La loi du 3 juin 2010 relative au Grand Paris la positionne en tant qu’entreprise publique, à caractère industriel et commercial, avec une gouvernance partagée. Son statut unique est une réelle force pour le projet de transport, car la raison d’exister de la Société du Grand Paris est la conception et la réalisation du nouveau réseau du Grand Paris Express pour changer le système de transport actuel. À ce titre, la Société du Grand Paris dispose d’un droit exceptionnel pour avoir recours à l’expropriation ou à la préemption des biens mobiliers et immobiliers, nécessaires au déploiement du super-métro.

Elle doit mettre en œuvre un très grand projet complexe, qui nécessite de relever des défis organisationnels, politiques et techniques tout ayant une maitrise rigoureuse des délais et des coûts. Cela lui permettra de mener à bien la transition territoriale qui est à l’œuvre pour les prochaines décennies à venir.

 

 

Le projet du Gand Paris, territoire qui réalise actuellement environ un tiers du P.I.B. de la France, va impacter la vie de 10 millions de Franciliens.

Il a des ambitions multiples au niveau économique, social et culturel, et il est, au moins, aussi ambitieux que les travaux de Paris, menés d’une main de fer par le Baron Haussmann au XIXe siècle. Reste à savoir si la Société du Grand Paris sera aussi efficace que ne l’a été le Préfet Haussmann deux siècles plus tôt…

Victor Melloult – Fondateur